3487 works of art and decoration currently online
Add to favourites
Plusieurs millions de dollars, d’euros, de livres. Les artistes d’aujourd’hui sont souvent gratifiés de cotes qui feraient pâlir leurs plus illustres aînés. Il ne faut pourtant pas s’y tromper, le marché de l’art, comme tout marché, possède ses lois, ses codes et ses rouages.
L'équation est simple. Les riches se multiplient sur la planète, globalisation oblige. Malgré une crise persistante des subprimes et la menace d’un marasme financier sur fond de crise pétrolière, le marché de l’art reste l’un des principaux bénéficiaires de cette embellie. Même les attentats du 11 septembre 2001 et l’effondrement des places boursières n’ont pas entamé, à ce jour, sa courbe ascendante. En 2007, le marché a encore progressé de 18 % selon la base de données Artprice. Symptomatiques de cette embellie, les enchères millionnaires ont fait un bond spectaculaire, passant de 154 en 1999 à 1 254 en 2007 !
Que l’art soit considéré comme une valeur-placement n’a rien de nouveau. Plus étonnantes en revanche sont les proportions que prend l’engouement pour l’art contemporain. Aujourd’hui, les prix à la revente (second marché) ont explosé, entraînant à la hausse les tarifs du premier marché, en galerie. Et chiffres toujours, Artprice révèle une augmentation des prix de l’art contemporain de 233 % en 2007. La spéculation ne se concentre toutefois que sur un Top 50 d’artistes essentiellement américains, britanniques ou allemands.

Jeff Koons, cinq fois plus coté que son ancêtre Lucas Cranach
Un critique américain, Jerry Saltz, posait la question en octobre dernier : « L’argent a-t-il ruiné l’art ? » La commissaire d’exposition du Guggenheim, Nancy Spector, s’interrogeait à son tour en décembre dans la revue britannique Frieze : « Le boom du marché est-il préjudiciable à l’art ? » Vaste problème, car il est finalement moins souvent question d’art en termes de qualité que de valeur.
On est ainsi étonné de voir l’écart abyssal de prix atteints entre l’art contemporain et l’art ancien. Un tableau de Cranach a été adjugé, en janvier 2008, 5 millions de dollars. Une bagatelle car en mai dernier, le cœur rutilant et tape-à-l’œil du Néo-pop Jeff Koons a atteint la somme astronomique de 23,56 millions de dollars chez Sotheby’s.
Les chiffres donnent le tournis, et les exemples pleuvent. D’après Artprice, le prix moyen des œuvres d’artistes âgés entre 25 et 45 ans dans les ventes de New York est passé de 32 514 dollars en 1990 à 80 710 dollars en 2004.

L’art contemporain, un ticket d’entrée pour la jet-set
C’est que les critères d’évaluation du marché de l’art contemporain sont différents de ceux de l’art ancien, caractérisé par la rareté et par une validation de l’histoire de l’art. Dans son livre jalon L’Artiste, l’institution, le marché, Raymonde Moulin précise : « L’internationalisation du marché de l’art contemporain est en effet rigoureusement indissociable de sa promotion culturelle ; elle repose sur l’articulation entre le réseau international des galeries et des collectionneurs, et le réseau international des institutions artistiques. »
Tout est dit, ou presque. Car la sociologue élude la fashion et la hype dans la fabrication du prix. Alors que l’art ancien reste un domaine de connaisseurs, l’art contemporain s’est mû en art de vivre, un ticket d’entrée pour la jet-set. Et quand on veut sa part de glamour ou de gloire, on ne compte pas. On ne compte surtout pas sur l’histoire ou la raison.

Azimi Roxana & Bénédicte Ramade
L'Oeil - n° 601 - Avril 2008

Source : www.artclair.com
Handbook language : Automatically translate this text with
Next Previous - Next Next